- Nord Forge
- Théâtre de Denain
- 7 mars 2026
Dix ans après la tenue de sa toute première édition, In Theatrum Denonium s’apprête à proposer à son public son dixième acte — seule l’année 2021 demeure vierge, en raison de la situation sanitaire. Une étape considérable pour un événement qui s’est toujours efforcé de proposer de belles affiches et de ratisser un peu plus large que sur le seul terrain black metal, qui semble toutefois rester sa composante première. Cette année encore, de très beaux noms sont appelés à fouler les planches du théâtre de Denain, avec Tormentor en tête d’affiche et Darvaza, entre autres, plus tôt dans la soirée. Place aux artistes.
Si je ne me suis pas toujours rendu disponible, au cours des années, pour assister à la traditionnelle messe noire denaisienne, je ne voulais pas manquer l’occasion de célébrer ce palier symbolique des dix ans. D’autant que votre narrateur était déjà sur place en 2016, avec ses compagnons d’étude, devant Déluge et Melechesh. Que de chemin parcouru depuis, pour toutes les parties engagées. Ce samedi ressemble à de nombreux autres ayant accueilli In Theatrum Denonium par le passé. Le théâtre trône dans le centre-ville sous une grisaille légère mais tenace. Nous sommes déjà nombreux à attendre que les portes de l’antre s’ouvrent à son public du soir. Comme toujours, je demeure frappé de voir qu’In Theatrum Denonium rassemble des habitués issus d’horizons musicaux très divers.
Alors que l’on patiente dans la file d’attente, des cracheurs de feu se mettent en scène pour ritualiser l’ouverture des portes du théâtre. Le spectacle capte l’attention des badauds, qui s’arrêtent quelques minutes, intrigués par l’événement. Une fois à l’intérieur, il s’agit de reprendre possession des lieux, trois ans après notre dernière venue. Les différents stands de merch et de restauration tiennent toujours dans un mouchoir de poche, ce qui rend la circulation difficile à ce moment de la journée, mais le public se dispersera assez vite par la suite. Direction la salle du fumoir, à l’étage, pour assister à la première petite prestation de la soirée, celle de Nubivagant, devant un public dont le nombre est restreint par la taille des lieux.
Il y règne une chaleur assommante (le chauffage n’était peut-être pas nécessaire), mais le public est densément massé devant la petite scène dressée pour l’occasion. Omega — que l’on retrouvera sur la scène de la grande salle, plus tard dans la soirée, avec Darvaza — prend place sur scène et propose à son public un set dépouillé et authentique, compte tenu des possibilités techniques qui lui sont offertes. Rapidement, face à l’impossibilité d’obtenir un angle de vue convenable, je décide de mettre les voiles pour aller m’hydrater et attendre l’ouverture des portes de la grande salle. Doodswens est le premier des quatre groupes qui fouleront les planches de l’illustre théâtre de Denain, qu’il est toujours délicieux de redécouvrir à chaque nouvelle venue.
Tout est déjà en place lorsque le public est autorisé à entrer, et chacun peut constater que le groupe néerlandais entame les hostilités par un rituel à base de bougies et de crânes caprins. Ce dernier est assuré par Inge, la chanteuse et batteuse du groupe. Une fois positionnée derrière les fûts, le set commence. Avec les Néerlandais, cette occurrence d’In Theatrum Denonium a droit à sa caution black metal traditionnel, bien plus qu’avec Darvaza. Maquillés comme le veulent les usages, les trois musiciens assènent des coups d’une violence qui surprend, comme si la musique apparaissait plus agressive sur scène. Riche en nuances, notamment rythmiques, le style de Doodswens trouve sur scène un terrain idéal pour s’exprimer, et les musiciens le prouvent une heure durant.
Certains passages en mid tempo permettent à la foule de remuer un peu plus, ce qui ne m’avait pas nécessairement sauté aux yeux lors de l’écoute de la discographie du groupe. La prestation est propre, le son aussi — la batterie est un poil mise en avant depuis les abords de la scène, mais trois fois rien. Je craignais le manque d’interaction avec le public (il est toujours délicat d’être à la fois aux chants et à la batterie) et de voir les autres musiciens adopter un jeu de scène assez neutre, mais ça se ressent finalement assez peu. Inge clôt le set comme elle l’a commencé, avec ses bougies sur leur autel orné de crânes. Voilà une belle introduction. L’entrée en matière est réussie, et elle dépasse même mes propres attentes.
Nous choisissons de rester dans les parages pour avoir une place convenable en vue de la prestation de Darvaza. Je suis curieux, là encore, de voir comment le groupe fera vivre sur scène une musique qui me plaît assez sur album — le dernier en date ayant d’ailleurs été salué par la critique. Un bourdonnement assez désagréable émane bien vite de la scène, sans doute pour annoncer l’imminence du concert du groupe italo-norvégien. Lorsque les rideaux dévoilent les planches, les musiciens l’investissent d’emblée par leur présence très charismatique. Tout au long du set, on ne peut que saluer l’aura qui se dégage de la scène. Armé de sa basse, Roberto n’hésite pas à aller jouer à quelques centimètres des spectateurs qui occupent le premier rang. Un vrai sentiment de communion émane du set de Darvaza.
Musicalement, les choses ne sont pas en reste. Sur album, je reproche au groupe un son un peu propret et pas assez saillant pour sublimer son riffing. Sur scène, c’est bien différent. Il se dégage une intensité tout autre, et chaque titre apparaît plus dense qu’il n’est sur disque. « Holy Blood » est un bel exemple de titre qui paraît sous son meilleur jour en live. Au micro, Wraath se fait remarquer plus que les autres. Après s’en être pris aux spectateurs installés sur le balcon du théâtre pour leur intimer de descendre dans la fosse, son jeu de scène se montre erratique. Pêle-mêle, on le voit chuter au sol, perdre son micro, s’enfoncer deux doigts dans la gorge pour… vous avez compris. Le set n’en demeure pas moins considérable. Mention spéciale, toutefois, à la spectatrice qui se trouve devant moi, et qui a bien passé un quart du set à filmer, le téléphone bien brandi au-dessus de sa tête. Je comprends d’autant mieux pourquoi je cherche si souvent à être moi-même au premier rang.
Pendant que Déhà commence sa première prestation de la soirée dans la salle du fumoir, les préparatifs se poursuivent dans la grande salle. Place à Psychonaut 4, troisième groupe amené à se produire sur la scène, et je ne me suis, pour ainsi dire, pas spécialement déplacé pour lui. Si les Géorgiens ont sans doute permis de remplir une partie de la salle à eux seuls — ce qui justifie de facto leur programmation —, ils se greffent mal à l’affiche sur le plan stylistique. Nous choisissons ce moment pour battre en retraite et nous asseoir dans les gradins pour suivre les choses de loin. Comme en témoigne la masse de spectateurs qui s’attroupent aux abords de la scène, Psychonaut 4 peut assurément compter sur le soutien de ses adeptes.
On pouvait s’y attendre, l’atmosphère change drastiquement sur scène. Les membres du groupe se présentent face au public dans une tenue des plus sobres, loin des artifices dans lesquels les deux premières entités étaient apparues. Parmi les musiciens, c’est Irakli qui mène la danse au chant, non sans laisser à voir l’étendue de son jeu de scène maniéré et tourmenté. Le son paraît bon, et le groupe délivre sa musique très rythmée avec beaucoup de maîtrise. Tout est du bel effet dans ce décor idyllique, qui n’est pas sans contraster avec les thématiques habituelles des Géorgiens. Après un tour du côté du bar et des stands de merch, je reviens dans la grande salle au moment où le groupe quitte la scène, non sans saisir l’occasion d’agiter le drapeau de son pays. À saisir les réactions ici et là, le public semble conquis.
Dans la salle du fumoir, qui se remplit décidément trop vite pour mes pas traînants, Déhà s’apprête à faire vivre sa seconde prestation de la soirée. Je saisis toutefois l’occasion de me positionner pour suivre confortablement le concert de l’illustre tête d’affiche, représentée par les Hongrois de Tormentor. Sans être un fin connaisseur des Hongrois sur disque, je me réjouis de pouvoir assister au set d’un groupe mythique que je n’aurai probablement pas l’occasion de revoir de sitôt. Surtout connu pour ses démos survoltées, datant de la fin des années 80, le groupe est attendu pour embraser définitivement la grande salle du théâtre ce soir.
Les rideaux s’ouvrent sur une scène minimaliste, occupée par les musiciens. Ces derniers entament les premiers riffs de « Tormentor I », et Attila rejoint bien vite ses compères, vêtu de ce qui semble être un habit de fortune en toile de jute. L’éclairage fait ressortir les mines maquillées blafardes de tous les membres du groupe, et la soirée peut enfin prendre son virage le plus énergique. Au micro, Attila est intenable et interagit beaucoup avec le public. Probablement que chaque spectateur du premier rang a eu l’occasion de rugir deux ou trois fois dans son micro au cours de la prestation.
Le chanteur peut également compter les traditionnels accessoires qui enrichissent ses moments passés sur scène — son inénarrable crâne, un crucifix fait d’os, un martinet. Il utilise d’ailleurs beaucoup ce dernier pour malmener son homonyme à la guitare, bien plus qu’auprès de György à la basse. Conformément aux attentes, le style de Tormentor est exécuté à la perfection par des musiciens qui n’ont aucun mal à rendre compte de l’expérience acquise au fil des années. Portée par l’interprétation de titres accrocheurs au possible, la prestation passe à une vitesse folle. Après une telle soirée, il fallait absolument finir en beauté. C’est chose faite !
Le dixième anniversaire d’In Theatrum Denonium a été fêté de la plus belle des manières. Grâce à des groupes au sommet de leur art, à un écrin exceptionnel — tant sur le plan artistique qu’acoustique — et à une équipe de bénévoles qui ont encore travaillé d’arrache-pied, l’événement denaisien ressort une fois de plus grandi. Il y a dix ans, je n’aurais probablement pas imaginé y revenir à plusieurs reprises et profiter d’affiches aussi savoureuses — je pense avoir le plus d’affection pour celle de 2022. Et pourtant, In Theatrum Denonium est toujours là, et on ne désire qu’une chose, qu’il le soit pour encore longtemps.
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Ten years after its very first edition, In Theatrum Denonium is about to present its tenth act to the public — with the sole exception of 2021, which remains blank due to the health crisis. A significant milestone for an event that has always strived to offer strong lineups while reaching beyond the sole boundaries of black metal, even if the genre still appears to remain its core component. Once again this year, several renowned names are set to tread the boards of the Denain theatre, with Tormentor as the headliner and Darvaza, among others, appearing earlier in the evening. Time for the artists to take the stage.
Although I have not always managed to make myself available over the years to attend the traditional Denain black mass, I did not want to miss the opportunity to celebrate this symbolic ten-year milestone. After all, your narrator had already been present back in 2016, alongside his fellow students, watching Déluge and Melechesh. Much has changed since then for all parties involved. This Saturday feels much like many others that have previously hosted In Theatrum Denonium. The theatre stands proudly in the town centre beneath a light yet persistent grey sky. Already, many of us are waiting for the doors of the lair to open to the evening’s audience. As always, I remain struck by the fact that In Theatrum Denonium gathers regular attendees from a wide variety of musical backgrounds.
While the queue slowly moves forward, fire breathers perform outside to ritualise the opening of the theatre doors. The spectacle captures the attention of passers-by, who stop for a few minutes, intrigued by the event. Once inside, it is time to reclaim the premises three years after our last visit. The various merch and food stands are still squeezed into a very small space, making movement difficult at this time of day, though the crowd will soon disperse. We head upstairs to the smoking room to attend the evening’s first short performance, Nubivagant, played before a crowd whose size is limited by the room itself.
The heat inside is overwhelming (the heating was probably unnecessary), but the audience is densely packed in front of the small stage set up for the occasion. Omega — whom we will see later in the evening on the main stage with Darvaza — takes his place and delivers a stripped-down and authentic set, given the technical possibilities at his disposal. Faced with the impossibility of finding a decent viewing angle, I soon decide to slip away, grab a drink, and wait for the doors of the main hall to open. Doodswens will be the first of four bands to tread the boards of the illustrious Denain theatre, which it is always a pleasure to rediscover with every visit.
Everything is already in place when the audience is allowed in, and everyone can see that the Dutch band opens the proceedings with a ritual involving candles and goat skulls. This is carried out by Inge, the band’s singer and drummer. Once positioned behind the drums, the set begins. With the Dutch trio, this edition of In Theatrum Denonium receives its share of traditional black metal — far more so than with Darvaza. Wearing corpse paint as tradition demands, the three musicians deliver blows of a surprising violence, as if the music itself became more aggressive on stage. Rich in nuances, particularly rhythmic ones, Doodswens’ style finds an ideal ground for expression in a live setting, and the band proves it for a full hour.
Some mid-tempo passages allow the crowd to move a bit more, something that had not necessarily struck me while listening to the band’s discography. The performance is tight and the sound equally so — the drums are perhaps slightly prominent near the front of the stage, but only marginally. I had feared a lack of interaction with the audience (it is always tricky to handle both vocals and drums at the same time) and that the other musicians might adopt a rather static stage presence, but in the end this is barely noticeable. Inge closes the set exactly as she opened it, with her candles placed upon their altar adorned with skulls. A fine introduction indeed. The opening act is a success, even exceeding my own expectations.
We decide to remain nearby in order to secure a decent spot for Darvaza’s performance. Once again, I am curious to see how the band will bring to life on stage a kind of music I quite enjoy on record — their most recent album having been warmly received by critics. An unpleasant buzzing soon emanates from the stage, no doubt announcing the imminent arrival of the Italo-Norwegian group. When the curtains finally reveal the stage, the musicians immediately take possession of it with a highly charismatic presence. Throughout the set, one cannot help but admire the aura emanating from the stage. Armed with his bass, Roberto does not hesitate to play just a few centimetres away from the spectators occupying the front row. A genuine sense of communion emerges from Darvaza’s set.
Musically, things are equally satisfying. On record, I sometimes find the band’s sound a little too clean and not sharp enough to fully highlight the quality of their riffing. On stage, however, the impression is quite different. The intensity is on another level, and each song feels denser than it does on record. “Holy Blood” is a fine example of a track that truly shines in a live setting. At the microphone, Wraath stands out more than the others. After scolding the spectators seated on the theatre balcony and urging them to come down into the pit, his stage behaviour becomes increasingly erratic. In no particular order, we see him collapse to the floor, drop his microphone, and shove two fingers down his throat for… well, you get the idea. The set remains remarkable nonetheless. Special mention, however, goes to the spectator standing in front of me, who spent a good quarter of the performance filming with her phone raised high above her head. It certainly reminds me why I so often try to secure a spot in the very front row.
While Déhà begins his first performance of the evening in the smoking room, preparations continue in the main hall. Next comes Psychonaut 4, the third band scheduled to perform on stage — and one I did not particularly come here for. If the Georgians undoubtedly helped fill a good portion of the venue on their own — which de facto justifies their booking — they feel somewhat out of place on the bill from a stylistic perspective. We take this opportunity to retreat to the balcony seats and watch from a distance. Judging by the crowd gathering in front of the stage, however, Psychonaut 4 can certainly rely on the support of their followers.
As expected, the atmosphere on stage changes drastically. The band members appear before the audience dressed in a very sober manner, far removed from the theatrical elements displayed by the previous acts. Among the musicians, Irakli leads the charge on vocals, displaying the full extent of his tormented and mannered stage presence. The sound seems good, and the band delivers its highly rhythmic music with considerable mastery. Everything looks striking in this idyllic setting, which contrasts strongly with the themes usually explored by the Georgians. After a brief visit to the bar and the merch stands, I return to the main hall just as the band leaves the stage, not without first waving their national flag. Judging by the reactions here and there, the audience seems thoroughly convinced.
Meanwhile, in the smoking room — which fills up far too quickly for my leisurely pace — Déhà is preparing to deliver his second performance of the evening. I take the opportunity to position myself comfortably for the concert of the illustrious headliner, the Hungarian legends Tormentor. Without being a devoted expert on their recorded material, I am delighted to witness a set from such a mythical band, one I will probably not have the chance to see again anytime soon. Best known for their electrifying late-1980s demos, the group is expected to set the theatre’s main hall ablaze tonight.
The curtains open onto a minimalist stage already occupied by the musicians. They launch into the first riffs of “Tormentor I”, and Attila quickly joins his bandmates, dressed in what appears to be a makeshift burlap outfit. The lighting highlights the pale, corpse-painted faces of all the band members, and the evening finally reaches its most energetic turn. At the microphone, Attila is unstoppable and constantly interacts with the audience. It is likely that every spectator in the front row had the opportunity to roar into his microphone two or three times during the performance.
The singer can also rely on the traditional accessories that enrich his stage presence — his inimitable skull, a crucifix made of bones, and a whip. He frequently uses the latter to torment his namesake on guitar, far more often than poor György on bass. As expected, Tormentor’s style is executed flawlessly by musicians who clearly draw on decades of experience. Driven by the performance of irresistibly catchy songs, the set flies by at incredible speed. After such an evening, it was only fitting to end on a high note. Mission accomplished.
The tenth anniversary of In Theatrum Denonium was celebrated in the finest possible way. Thanks to bands performing at the peak of their powers, an exceptional venue — both artistically and acoustically — and a team of volunteers who once again worked tirelessly, the Denain event emerges stronger than ever. Ten years ago, I probably would not have imagined returning several times and enjoying such enticing lineups — I still have a particular fondness for the 2022 edition. And yet, In Theatrum Denonium is still here, and we can only hope it will remain so for a long time to come.
