- France
- Dungeon Synth
- Ancient King Records
- 29 août 2026
Comme pour beaucoup d’entre nous, les dessins de Kittelsen m’ont toujours puissamment fasciné. Leur conjugaison récurrente au black metal, souvent ambient et empreint de mystères nordiques et forestiers, n’y est pas pour rien. Combien de temps ai-je passé, absorbé, devant les séries Svartedauen, Trolskab et Fra Lofoten, à me perdre dans ces paysages aux ternes couleurs, aux silhouettes vaporeuses et aux perspectives quelque peu naïves ?
Malheureusement, dans le marronnier visuel « libre de droit » du black metal et du dungeon synth, les dessins de Kittelsen occupent facilement la première place devant ceux de Bauer, Dulac, Rackham ou Doré. Au-delà des albums, bien connus, de Burzum (Filosofem, évidemment, et Hvis Lyset Tar Oss ensuite) pour lesquels l’alchimie parfaite entre la musique et le dessin a probablement influencé 99,9 % de la scène dungeon synth actuelle (que l’influence soit assumée ou pas), il faut reconnaître que l’utilisation ad nauseam des dessins de Kittelsen suggère plus la paresse conceptuelle qu’une direction artistique assumée et réfléchie.
J’aborde donc toujours de telles réalisations avec une certaine méfiance. On ne peut pas toujours compter sur l’art graphique de tels génies pour transcender un paysage sonore. Je confie d’ailleurs avoir repoussé mon écoute d’Ondes pour cette raison et je confesse ne pas être convaincu par ces revisites bichromes et dégradées de notre peintre norvégien préféré, que l’on retrouve sur chaque sortie du projet.
Pourtant, Ondes est l’un des nombreux projet de notre héros national, John Lordswood, patron du label Ancient King Records, et œuvrant derrière de nombreux projets tels que Weress, Skhemty, Flamberge, Dreamy Knight, feu Balrog, et le petit dernier, Secrets of Silence. Du propre aveu de John, Ondes (qui signifie quelque chose comme « mauvais » en norvégien) est une sorte d’exutoire sonore, une place pour l’expérimentation, et sans doute aussi un vide supplémentaire à combler dans l’esprit d’un artiste passionné depuis son adolescence par la musique et les donjons — notons d’ailleurs que John avait 14 ans quand il a produit les premières démo de Balrog en 2014.
Je n’avais pas prêté attention à Ondes avant la sortie du dernier album en date, Night Bugs, qui m’a pourtant fort agréablement surpris, et je constate, après avoir rattrapé mon retard, que toutes les sorties du projet sortent globalement du même moule : une musique rêveuse, lente, simple et répétitive, comme John sait si bien la faire. Plus que les autres productions, Night Bugs sonne comme un hommage aux albums Sôl Austan… Mâni Vestan et The Ways of Yore (et globalement à ce que Varg a pu sortir depuis 2013).
On y retrouve le même genre de tapisseries sonores, où les longs pads de synthétiseurs analogiques côtoient de simples mélodies répétitives jouées sur de faux instruments à cordes, qui évoquent tout de suite les sagesses ancestrales scandinaves, les jeux de rôles dans le pays de Thulée, et les chaînes YouTube interdites et fermées depuis 2019. L’album est en fait truffé de références — ou est ce de la cryptomnésie involontaire ? — à Burzum : le très doux et rêveur « Restless Night » utilise probablement le même instrument que « Rundgang um die transzendentale Säule der Singularität », « Bedbugs, They Follow Me » pourrait être à la place de « Tomhet », et j’entends quasiment quelqu’un s’exclamer « Let’s find out! » sur « Suffocate ». Si l’album est globalement assez monolithique, on peut toutefois faire ressortir le titre « Old Warrior », avec ses percussions discrètes, qui n’aurait pas juré sur un album de Weress, et semble directement faire suite aux excellents Rêvasseries chevaleresques et Aux temps anciens et mystiques.
Alors, Ondes est il plus que l’exutoire ou le cahier de brouillon d’un artiste hyperactif ? Je n’ai pas réussi à trancher, mais le fait est que j’y reviens assez souvent depuis ma première écoute. Ces enregistrements résument assez bien ce que je cherche dans le dungeon synth et que je retrouve souvent dans la musique de John: une place pour l’introspection, la contemplation et une porte ouverte vers le monde du rêve. En tout cas, cette musique fait clairement honneur aux dessins de Kittelsen, et ça, c’est assez rare pour être souligné.
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Like many of us, I have always been deeply fascinated by Kittelsen’s drawings. Their recurring association with black metal—often ambient, steeped in Nordic and woodland mysteries—certainly has something to do with it. How much time have I spent, utterly absorbed, gazing at the Svartedauen, Trolskab, and Fra Lofoten series, losing myself in those landscapes of muted colors, vaporous silhouettes, and somewhat naïve perspectives?
Unfortunately, among the usual “public domain” visual staples of black metal and dungeon synth, Kittelsen’s drawings easily take first place, ahead of those of Bauer, Dulac, Rackham, or Doré. Beyond the well-known Burzum albums (Filosofem, obviously, followed by Hvis Lyset Tar Oss), for which the perfect alchemy between music and artwork probably influenced 99.9% of today’s dungeon synth scene—whether that influence is acknowledged or not—it must be said that the ad nauseam use of Kittelsen’s drawings suggests conceptual laziness more than a deliberate and carefully considered artistic direction.
I therefore always approach such releases with a certain degree of suspicion. One cannot forever rely on the graphic art of such geniuses to transcend a soundscape. I will readily admit that I put off listening to Ondes for precisely this reason, and I must confess that I remain unconvinced by these two-tone, gradient-heavy reworkings of our favorite Norwegian painter that appear on every release by the project.
And yet Ondes is one of the many projects of our national hero, John Lordswood, head of the Ancient King Records label and the man behind numerous projects such as Weress, Skhemty, Flamberge, Dreamy Knight, the now-defunct Balrog, and his latest creation, Secrets of Silence. By John’s own admission, Ondes (which means something along the lines of “bad” in Norwegian) is a kind of sonic outlet, a place for experimentation, and no doubt yet another void to fill in the mind of an artist who has been passionate about music and dungeons since his teenage years—it is worth noting, incidentally, that John was fourteen when he produced the first Balrog demos in 2014.
I had paid little attention to Ondes before the release of the latest album, Night Bugs, which nevertheless came as a very pleasant surprise. And having since caught up, I find that all of the project’s releases are broadly cut from the same cloth: dreamy, slow, simple, repetitive music, of the kind John does so well. More than his other productions, Night Bugs sounds like a tribute to Sôl Austan… Mâni Vestan and The Ways of Yore (and, more generally, to what Varg has released since 2013).
We find the same kind of sonic tapestries, where long analog synthesizer pads sit alongside simple, repetitive melodies played on faux string instruments, immediately evoking ancient Scandinavian wisdom, role-playing games set in the land of Thule, and YouTube channels banned and shut down since 2019. The album is, in fact, riddled with references—or is it involuntary cryptomnesia?—to Burzum: the very gentle and dreamy “Restless Night” probably uses the same instrument as “Rundgang um die transzendentale Säule der Singularität,” “Bedbugs, They Follow Me” could easily take the place of “Tomhet,” and I can almost hear someone exclaiming “Let’s find out!” on “Suffocate.” Although the album is fairly monolithic overall, “Old Warrior” does stand out, with its discreet percussion; it would not have sounded out of place on a Weress album and seems to follow directly in the footsteps of the excellent Rêvasseries chevaleresques and Aux temps anciens et mystiques.
So, is Ondes more than the outlet or sketchbook of a hyperactive artist? I have not managed to make up my mind, but the fact remains that I have found myself returning to it quite often since my first listen. These recordings sum up rather well what I look for in dungeon synth, and what I so often find in John’s music: a place for introspection and contemplation, and an open door into the world of dreams. In any case, this music clearly does justice to Kittelsen’s drawings—and that is rare enough to be worth pointing out.
