Le soir tombait. Cette fois, vraiment. Pas comme une fin, mais comme une étreinte lente. Ils n’étaient plus très haut, ni très loin. La lumière s’était faite plus douce, plus basse. Procopius s’arrêta une dernière fois.
PROCOPIUS
Je ne sais pas si je suis prêt. Pas vraiment. Il y a encore du vide. Des peurs. Des angles morts en moi.
VIRESCUS
Tu n’as pas à être prêt. Il suffit d’être là. Entier, même dans la fracture. Présent, même dans le tremblement.
PROCOPIUS
Mais je n’ai plus de carte. Plus de centre. Parfois je me sens traversé de tout, et pourtant vide.
VIRESCUS
C’est cela, le seuil. Ce point où tu ne sais plus si tu avances ou si tu t’effaces. Où tu deviens silence sans disparaître.
PROCOPIUS
J’ai peur de me perdre. De ne plus savoir ce qui m’anime.
VIRESCUS
On ne se perd pas dans l’inconnu. On s’y dénude. Tu ne perdras rien qui mérite d’être sauvé.
PROCOPIUS
Alors je dois continuer ? Même sans boussole ? Même sans lumière ?
VIRESCUS
Tu n’es pas sans lumière. Tu es devenu lumière pour toi-même, fragile et vacillante. Et cela suffit.
PROCOPIUS
Mais je ne suis sûr de rien. Pas même de croire.
VIRESCUS
La foi n’est pas certitude. Elle est fidélité à une présence que tu ne peux nommer. Elle est persistance du cœur, même quand l’esprit défaille.
PROCOPIUS
Et si je doute encore ? Jusqu’au bout ?
VIRESCUS
Alors tu aimeras dans le doute. Tu marcheras dans l’ombre avec les mains ouvertes. Et ce sera assez pour que le monde respire à travers toi.
Un silence. Long. Dense. Puis Procopius leva les yeux vers les étoiles naissantes. Il n’attendait plus de révélation. Mais quelque chose, en lui, s’était accordé au ciel. Il ne parla pas. Mais il comprit.
